08:39

La foi en vacance

Pratiquer le bouddhisme en dehors du cadre rigide de la discipline monastique pose un certain nombre de problèmes typiquement humains. Notre tendance à l'inertie rend les exercices spirituels et les rituels beaucoup plus ardus qu'il n'y paraît. Quand par dessus cela, il faut également être pro-actif dans les activités de congrégation, là c'est mission impossible.
En France et dans la plupart des pays, la Soka Gakkai repose intégralement sur la capacité sociale des individus qui pratiquent les enseignements qu'elle diffuse. Dans les contrées encore fortement agraires, de sociétés très soudées par des parentées et des liens tribaux, le bouddhisme trouve en général un terreau fertile pour se développer. Dans les sociétés anonymes, de type occidentales, où l'individualisme outrancier en a fini avec le lien social, c'est beaucoup plus dur. On pourrait penser le contraire à cause de la permissivité apparente des occidentaux et de l'ostracisme inhérent aux sociétés de ce qui fut autrefois le Tiers-monde. Mais il n'en est rien.
C'est en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud où la Soka Gakkai voit des développements de grande échelle. Et c'est en Europe et aux Etats-unis que l'on rame pour faire passer le message et pour reconstruire des communautés spirituelles. L'individualisme libéral y est pour une part. Mais la véritable plaie de la spiritualité en Occident, c'est l'incapacité des individus à se prendre en main et à mener un projet jusqu'à son terme. Le confort, même précaire, est largement suffisant chez nous pour que l'on n'aie pas à se préoccuper de trop en cas de coup dur ou bien dans les périodes de stagnation.
Mais le problème ne s'arrête pas là. L'inertie de nos pays, soi-disants évolués, est telle que nous ne nous apercevons de rien, que notre horizon est bouché, tant nous sommes divertis par une légion de menus détails comme le téléphone, la télé, les jeux de toutes sortes, les drogues de toutes sortes, les usages futiles et inutiles, et la consommation délirante dans son ensemble. Tout ce flux incessant vient nous retirer le peu de force vitale que nous sommes capable de mobiliser pour nous lever le matin et nous laisse paralysés sur des chemins de traverse qui ne débouchent que sur la violence, la bêtise et davantage de consommation.
C'est pour lutter contre cette inertie, cette forme insidieuse et subtile de corruption de l'esprit, que le moine du 13e siècle, Nichiren, a diffusé sa pratique liturgique et ses enseignements. Il ne les a pas sortis de la cuisse de Jupiter (qu'il ne connaissait sans doute pas) et les a synthétisés de la tradition bouddhique dont il était issu et dont nombre de moines japonais avant lui s'étaient improvisés les conservateurs.
Cette pratique bouddhique ne s'inscrit pas dans la stricte voie monastique. Son fondateur, Nichiren toujours, ne l'avait pas conçue comme une école distincte et concurrente des autres écoles de son époque, mais plutôt comme un mouvement populaire et informel. Ce sont ses héritiers (des moines) qui instituèrent les différentes et divergentes écoles qui existent aujourd'hui. Chasser le naturel, et il revient au galop.
En tant que pratique (et là je parle de ce que les grecs appellent la praxis), le bouddhisme de Nichiren est très différent des bouddhismes monastiques. Il s'inscrit dans le quotidien, se développe dans le monde du travail, dans la famille, dans les relations sociales et fait partie de l'existence humaine comme une composante naturelle indistincte, comme l'hygiène, l'alimentation ou la culture. Et c'est ainsi qu'il a été compris au début du vingtième siècle par nombre d'intellectuels japonais.
C'est, à mon avis, sur cette simplicité que les fondateurs de la Soka Gakkai se sont appuyés en démarrant le mouvement Soka. Il a pris au fil, des périodes et des dirigeants, des styles différents, mais il a conservé jusqu'à aujourd'hui une certaine cohérence avec le message originel de Nichiren, fondateur de la doctrine : un mouvement populaire et informel qui s'inscrit dans le quotidien de monsieur et madame tout-le-monde.
Il n'en demeure pas moins difficile à pratiquer dans ce même quotidien. Parfois même, il peut apparaître comme plus complexe à mettre en œuvre que de s'ordonner bonze. Car la discipline monastique a ceci de plus simple : on quitte tout et en s'extrayant du monde on ne se consacre plus qu'à une seule chose la recherche de l'illumination. Je ne vais pas essayer de démonter ce concept, mais il est certain que c'est au moins aussi simple que de quitter la vie séculière pour entrer au monastère ou au couvent.
Alors au quotidien, pratiquer le bouddhisme de Nichiren c'est pas simple. Surtout si l'on atterrit dans une campagne à faible densité de population (et par extension à faible densité de pratiquants). Sans contacts autres que ceux que l'on suscite, où les rares bribes d'informations que l'on glane à droite et à gauche, il devient très difficile de maintenir le cap et surtout d'alimenter la foi. A moins d'avoir une longue expérience et un gros bagage culturel spécifique au bouddhisme, il est alors très facile de verser dans le fossé de l'inertie et de dériver plus ou moins vite. Je comprends les nombreux pratiquants qui ayant quitté la capitale, ou bien des villes très actives, ont vu leur pratique décliner et parfois même disparaître.
Relié au mouvement Soka mondial de nombreuses façons et surtout au travers d'une forte activité de blog et de discussions sur des listes de diffusion et des groupes de Facebook, je poursuis ma pratique avec un grand sentiment d'isolement régional. Et bien que je conserve de nombreux liens avec des pratiquants de l'Ile de France où j'ai milité ces vingt dernières années, je regrette l'inertie que je suis forcé de constater dans la région où j'habite. Il est courant d'invoquer les distances, le manque de temps et la difficulté à accorder les emplois du temps... Mais à la lumière d'une pratique bouddhique qui a pour but central d'augmenter la force vitale de l'individu, toutes ces raisons sont seulement le reflet de l'inertie très puissante qui règne.
La capitale n'est pas exempte de l'inertie, et bien souvent les gesticulations et les empressements s'appellent activités, mais n'en sont pas. Mais cette interminable succession de réunions diverses et variées donne l'illusion d'une action dans le monde de la foi, dans le mouvement Soka. Et dès que tout cela s'arrête, alors ce qui alimentait la pratique s'éteint et fini par s'étioler.
L'éloignement (de la ville et entre les gens) a cette capacité de révélation. Il révèle la vacuité et l'inconsistance dans les intentions et les attitudes. Il révèle aussi la faiblesse des discours et des phrases toutes faites. Une fois le bruit disparu, que reste-t-il du mouvement Soka à la française. Pas grand chose. Et il faut tous les efforts d'une poignée de pionniers pour maintenir à bout de forces et de bras un réseau fragile et facile à rompre.
Vu d'ici, de Senlis, en Picardie, le mouvement Soka est un concept séduisant et abstrait. La réalité est très différente des longs et édifiants passages de la Nouvelle Révolution Humaine, très différente des proses insipides des publications et complètement différents des envolées lyriques des Discours et entretiens de Daisaku Ikeda. Car l'éloignement fonctionne aussi dans ce sens-là, de là-bas où les choses se décident, se formalisent, se commandent.
Alors que faire ? Comment changer ce qui semble immuable ?
J'ai la conviction que cela passe par redécouvrir sa propre capacité à diffuser le bouddhisme et à initier les autres à sa pratique. Mais peut-on encore utiliser les arguments de Nichiren : faire la démonstration de nos erreurs actuelles, invoquer les catastrophes desquelles nous sommes l'origine, expliquer la perversité de nos croyances dans le capitalisme, dans l'argent roi, dans l'idéologie, dans l'illusion...
Non, il faudra changer de disque. La recette est repoussante. Personne ne veut de cette soupe, pas même les millénaristes chevronnés qui préfèrent aller chercher le salut auprès des Témoins ou des Evangélistes. Il faut trouver une nouvelle approche. Sortir de « l'orbite du bonheur », du positivisme de pacotille et surtout des promesses invérifiables et intenables. Et surtout, il faut quelque chose qui parle aux plus jeunes.
La foi est en vacance en France. L'espoir s'amenuise au gré des licenciements, des lois répressives et de l'accumulation des calamités et des désastres dont on soupçonne que nous y sommes pour quelque chose. Mais les jeunes, fraichement débarqués sur la planète Terre, sont en droit de demander pourquoi c'est à eux et elles de payer pour nos conneries ? Ils et elles sot en droit d'exiger qu'on arrête de saccager le monde qu'ils et elles habiteront quand nous seront de la poussière. Et pour combler la vacance, ni les slogans politiques, ni les messages religieux ne seront de taille à offrir un avenir concret et véritable aux prochaines générations.
Il va donc falloir retourner à l'école de la vie et trouver de nouvelles pistes et forger un cadre pour pratiquer le bouddhisme en dehors des règles monastiques et des institutions ecclésiastiques. Relire Nichiren pour comprendre sa démarche, puis réussir à la transposer à notre temps, à notre décor, à notre culture. La réponse n'est pas venue du Japon, trop empêtré dans sa propre culture syncrétique, capable de tout avaler mais peinant à produire du neuf. La réponse, c'est à nous de la fabriquer et nous manquons de temps... N'en déplaise à ceux et à celles qui continuent de mettre la tête dans le sable : cela fait plus de 40 ans que le bouddhisme de Nichiren s'est invité en France. A ce jour, nous n'avons toujours pas de discours...

03:57

Réponses contre questions

ou comment les certitudes ne conduisent pas à l'illumination.

Après avoir accompagné ma chère et tendre en séminaire d'entrainement (si cela s'appelle encore comme ça) à Trets, en Provence, il y a deux semaines déjà, nous sommes retournés en réunion de discussion hier soir. Le groupe s'était réuni autour des membres qui avaient pu participer au même séminaire et qui retransmettaient leurs impressions et leurs expériences.
J'ai participé à nombre assez important de séminaires d'entrainement et autres cours d'été pour un pratiquant qui n'a aucune responsabilité officielle dans l'organisation Soka française (l'actuelle ACSBN). Et j'ai pu observer les multiples transformations qui se sont opérées en plus de vingt ans. Et je dois dire que le dernier séminaire auquel j'ai participé ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, ni même un bon souvenir. Rien de nouveau sous le soleil, sinon une montée en puissance d'une certaine forme de culte de la personnalité. Je me suis donc promis de ne pas y retourner pendant quelques années, histoire de prendre le frais et de retrouver le lien que j'avais tisser avec cet endroit il y a de cela 20 ans.
Bref, la perspective de passer toute une réunion de discussion à l'écoute des impressions des uns et des autres ne m'enchantait pas vraiment, même si c'est aussi l'occasion de découvrir les parcours des uns et des autres, aspect qui a la valeur la plus haute dans mon idée de ce que doit être le mouvement Soka en France.
J'ai donc fermer ma grande bouche et écouter les autres.
Dans ce seul groupe, quatre personnes (dont ma douce) avaient participé à ce séminaire. Et chacun avait ses impressions. Mais ce qui m'a frappé c'est le décalage immédiat qui s'installe entre celles (il n'y avait que des femmes) et les autres. Décalage qui est d'autant plus grand qu'il est amplifié par l'ancienneté dans le mouvement. Ceux qui y étaient allés pour la première fois avaient été bouleversés par le séjour. Les autres s'étaient une fois encore éveillés à la réalité du bouddhisme mais sans comprendre pour autant la portée réelle de ce dernier dans la société qui les entourent. Le séminaire a cet effet pervers sur les pratiquants plus anciens de les conforter dans l'idée qu'ils se font du bouddhisme de Nichiren : une pratique individuelle, apparentée à la pensée positive (mais antérieure à cette dernière), permettant une psychothérapie personnelle légère (mais aussi antérieure à cette technique), et proposant une considération toute particulière de la mort, ou plutôt de la finitude de la vie humaine...
Derrière ces témoignages, ce qui se cache c'est une recherche de certitudes, de réponses toutes faites et rassurantes sur les problèmes existentiels communs à tous. Et peu importe que l'itinéraire de chacun soit unique, il faut des réponses homogènes, simples, qui ratissent large afin de maintenir le consensus et l'approbation mutuelle qui sied aux groupes de toutes natures. En bref, un discours dépourvu de questions véritables.
L'une des participantes (et également hôte de la réunion) fût l'une des seules à poser une question véritable : que se passe-t-il pour ceux qui se suicident ? Quel est leur état, puis leur devenir, si devenir il y a ? On aurait pu attendre un examen de la question et des propositions de réponses puisque à ce jour, pas un seul être dans l'histoire de l'humanité n'a pu répondre à cette question, pas même le Bouddha, et encore moins Nichiren qui ne fait allusion au suicide que de manière rituelle au travers de contes folkloriques et de témoignages historiques pour illustrer le sacrifice ou les rapports de grandeurs symboliques entre les enseignements bouddhiques.
Et bien, il n'y eut pas de réponse. Un vague : « il ne faut pas entretenir de prison personnelle... » ou bien un nébuleux : « en pratiquant ton état de bouddha permet à l'état de bouddha de l'autre (le mort) de s'éveiller et de changer son karma... » Et hop, changeons de sujet de conversation. C'est dans ces moments que j'ai franchement l'impression de me trouver au beau milieu de la Tea party de Alice au pays des merveilles (Lewis Caroll). Je me demande alors qui est le Chapelier toqué, qui est le Lièvre de mars, etc.
Car finalement c'est vrai, comment répondre à des questions existentielles autrement que par des absurdités...?
Ne voulant ni attirer l'attention sur les réponses, ni appesantir la discussion sur un sujet aussi grave, je suis resté dans la réserve en me demandant ce que je faisais là. Les échanges se sont poursuivis avec une certaine similitude avec ceux auxquels j'ai pu assister aux alcooliques anonymes ou dans les groupes de thérapie collective, ou encore dans les cellules psychologiques pour les malades atteints de maladies incurables ou orphelines. Chacun y allant de son combat, qui sur la santé, qui sur le travail, qui sur les troubles psychologiques... A chaque fois il y avait quelqu'un pour répondre une certitude ou statuer sur une situation alors même qu'il n'y avait ni questionnement, ni doute... seulement un témoignage plus ou moins obscur, où le rapport avec la pratique du bouddhisme, de l'éveil, n'était pas vraiment évident ou manifeste.
On passa la parole, comme le font les animateurs des groupes de parole, à une femme que j'avais déjà aperçu mais que je ne connaissais pas vraiment. Elle semblait sereine et déclara que la situation était bonne bien que sa mère soit seule à 90 ans et que son frère de 58 ans soit frappé d'un AVC et à l'hôpital. Elle avait du mal à pratiquer chez sa mère et espérait mobiliser ses frères et sœurs pour aller rendre visite au malade.
Cette intervention n'invitait pas à commentaires, ni à l'énoncé de vérités théoriques sur la situation. Tout le monde compatissait à la souffrance du malade et comprenais le sacrifice de l'intervenante auprès de sa mère. Mais son calme, sa détermination tranquille et son naturel, toutes des qualités propres au Bouddha, me laissait entendre que le combat était plus important qu'il n'était évoqué. C'est aussi une des qualités humaines du Bouddha que de ne pas se montrer ostentatoire dans ses combats, ni dans ses victoires.
Alors je la questionnais. Non pour lui faire dire plus mais parce que son combat silencieux m'intéressait en tant qu'expérience directe de la pratique du bouddhisme. Et ce fut le point de départ d'une discussion qui partant de l'itinéraire personnel de cette femme au sein de sa famille se conclut dans l'importance de pouvoir pratiquer et expliquer le bouddhisme librement aux siens. Cette action est d'autant plus importante que son impact sur l'environnement familial est sans conteste le premier pas de Kosen-rufu. C'est du moins ce que déclarait Josei Toda quand il expliquait qu'il était impossible de faire Kosen-rufu dans le monde tant que l'on n'était pas capable de le faire dans cadre immédiat de la famille.
Cette discussion avait commencé par des questions et non des réponses. Et aux problématiques évoquées par cette femme, il n'y avait pas de réponses toutes faites... seulement des expériences parallèles qui pourraient peut-être apporter des éléments de réponse et des pistes pour faire évoluer la situation, sans volonté d'apporter une solution.
Par ce dialogue, en fin de réunion, j'ai compris ce que ma femme dit souvent : « je ne veux pas des solutions, je veux juste que tu m'écoutes et qu'on en parle ensemble. »
Les questions sont la marque de l'esprit de recherche. Elles sont aussi la marque de l'intérêt que l'on a pour son interlocuteur. Le jeu des questions et des réponses est un cheminement au cours duquel les réponses amènent à d'autres questions et non à des certitudes, surtout si elles sont purement théoriques comme les considérations sur la vie après la mort. Et il s'agit pour nous, pratiquants, de remettre en question nos certitudes afin de chercher et de questionner les autres comme soi-même, sur notre passé, sur notre présent et sur notre futur. La réunion de discussion est un lieu propice pour ce type de renouvellement personnel. Il est toujours regrettable d'y voir les uns comme les autres s'y livrer à des « réponses à tout » stériles qui ne laissent que peu de place aux questionnements et aux recherches intérieures. Nous aimons les certitudes et les dogmes pour la tranquillité et le consensus qu'ils nous apportent. Mais il faut se rappeler qu'ils sont les obstacles majeurs à une perception plus intuitive et plus proche des autres êtres humains, qui, rappelons-le, ne sont pas que des pratiquants...

03:04

Et bien non, je ne suis pas moine


Bien que sur cette image on remarque des couleurs orange sur mes épaules, je ne suis pas devenu, ni n'ai jamais été moine. Et cela bien que je pratique de manière plutôt assidue le bouddhisme de Nichiren (une école japonaise). Et bien que j'écrive nombre d'article sur le bouddhisme en général et le bouddhisme Soka en particulier (l'organisation laïque qui diffuse les enseignements de Nichiren).
Ce que vous apercevez est en fait une écharpe Storchenwiege (c'est le fabricant) pour porter les bébés. Et c'est avec cette écharpe aux couleurs vives que j'ai transporter mon poupon pendant mes vacances. Cela remplace avantageusement la poussette (dont on ne sait que faire) et ça créer une intimité entre le porteur et le bébé. Pour les papas, c'est une occasion en or d'avoir un lien tout à fait étonnant avec les créatures dont ils sont les géniteurs sans pour autant se ruiner les bras, les épaules et le dos.
Je joins une autre photo, pour que tout le monde comprenne :

Et oui, la mouflette est dans l'écharpe et elle dort... Pratique non ?

13:19

Où est la jeunesse du mouvement pour la création de valeurs ?

Après un court séjour en Serbie, puis un saut dans le centre de la France, me voici dans le Sud à quelques kilomètres du centre européen d'entrainement de la SGI. Ma compagne, la mère de ma fille, participe au séminaire de la région Nord depuis jeudi et ce jusqu'à demain midi. C'est une occasion, encore, de faire un point sur le parcours et de se projeter vers l'avenir.
Le « séminaire bouddhique » n'a rien à voir avec le séminaire catholique. On n'y devient pas moine, ni prêtre. Il s'agissait au départ de permettre à cent cinquante participants de se retrouver dans un même lieu, de prier ensemble, d'étudier ensemble et d'échanger sur leurs expériences respectives de la pratique du bouddhisme. C'était un lieu de rencontre spirituelle où l'on pouvait s'éveiller à la pluralité des points de vue, à la richesse des différences, à la multiplicité des parcours.
Alors que je ne connaissais le bouddhisme de Nichiren que depuis seulement deux ans, j'ai participé à mon premier séminaire. Je me suis retrouvé dans la garrigue provençale, au pied de la Sainte Victoire avec 150 autres jeunes gens de 18 à 35 ans. C'était une époque étonnante où la jeunesse était présente dans le mouvement Soka, le mouvement pour la création de valeurs bouddhiques dans la société. Le souvenir qu'il m'en reste était que nous étions, filles comme garçons, les poumons de l'organisation. Nous participions à nombre d'activités bénévoles et nous avions le rôle d'animer les réunions de discussions par nos questions, nos expériences nombreuses et notre enthousiasme. Certes, nous n'étions pas tous solides, réfléchis ou empreints de bon sens. Mais c'était notre mission que de pousser le mouvement en avant en multipliant les aventures humaines.
Quand je regarde rétrospectivement cette époque, je me demande très sincèrement ce qu'il en reste. Car je ne vois aujourd'hui presque rien de cet extraordinaire désordre en action en train de constituer notre histoire. La jeunesse a disparue. Elle n'a pas entièrement quittée le mouvement. Seul(e)s certain(e) l'ont fait et pas tous de manière définitive. La plupart de ces membres de la jeunesse Soka sont devenus les hommes et les femmes de leurs départements respectifs. Car notre organisation copie la structure japonaise en séparant dialectiquement hommes et femmes, les jeunes hommes et les jeunes femmes, la jeunesse et le reste.
Alors que le maître spirituel de ce mouvement, Daisaku Ikeda, encourage depuis des décennies les pratiquants à trouver et à édifier des successeurs, nous autres français n'avons trouver personne pour nous succéder. Les jeunes sont devenus vieux et personne n'a prit réellement la relève...
Que nous est-il arrivé ? Quelles sont les raisons pour lesquelles la jeunesse française n'est visiblement pas intéressée ou bien peu informée sur le courant dynamique et révolutionnaire de notre mouvement de création de valeurs ?
On peut chercher et analyser, proposer des théories ou bien constater des faits et des événements déterminants, mais la vérité n'est pas dans les raisons superficielles que l'examen historique et factuel peut nous révéler. La seule et unique raison est l'épuisement de notre croyance. Nous, membres de ce mouvement pour la création de valeurs bouddhiques dans la société française, ne croyons plus à la possible réalisation de la paix par l'établissement d'une philosophie adaptée à notre temps, à notre société, à notre pays.
Oui, nous avons fini par constituer une articulation institutionnelle solide et conforme. Oui, nous proposons des cours d'étude sur les enseignements de Nichiren. Oui, nous faisons l'apologie du maître de la Soka Gakkai, Daisaku Ikeda. Oui, nous prions sincèrement, avec plus ou moins de régularité, devant l'objet de culte. Et oui, nous continuons d'organiser des réunions de discussion et des réunions générales pour nous encourager mutuellement de nos expériences respectives. Mais quels sont nos résultats concrets depuis 1962 ?
Ils sont faibles. Nous parvenons à peine à ne pas être mis à l'index dans des « référentiels » préjudiciables et anti-républicains. Nous peinons à réunir nos membres plus d'une fois par mois pour ne parler que des mêmes thèmes ressassés. Nous avons toutes les difficultés du monde à constituer un discours qui ne soit une parodie ou une exégèse du discours du maître, qui lui-même fait l'exégèse de Nichiren et son propre maître.
Socialement, nous sommes invisibles. Dans l'espace public, nous sommes inexistants. Et s'il prend l'envie à un curieux de vouloir nous étudier, il devra se décarcasser pour trouver des références fiables, propres, claires sur notre doctrine, nos convictions et les dogmes de notre école. Il ne s'agit pas de devenir les concurrents médiatiques des Témoins ou bien des Scientologues. Il ne s'agit pas non plus d'éclipser le bouddhisme lamaïste des tibétains ou bien l'élégance du zen. Mais il ne s'agit pas non plus de rester parqués dans notre pré carré, si bien rangé soit-il.
Tout cela n'est que le reflet de notre manque de croyance, notre manque de conviction qu'il y a une paix possible, une pédagogie efficace et bienveillance sincère qui permette de changer la société de manière abondante et inaltérable. Et parce que nous manquons de croyance, la jeunesse est incapable de nous suivre. Elle nous fuit... ou alors elle s'égare pour un moment seulement. Car la jeunesse ne se nourrit que de croyance. Elle ne dispose pas encore de l'expérience et de l'histoire pour bâtir son monde intérieur et encore moins un environnement ou une société. La jeunesse a besoin de croire, de toutes ses forces, dans un avenir, un projet d'envergure, un discours d'espoir. C'est la capacité de croyance qui caractérise la jeunesse. Et grâce à cette croyance, elle peut changer le monde.
Nous manquons de croyance et nous laissons filer les jours, les semaines, les années sans opérer la réforme intérieure nécessaire pour devenir le phare de la jeunesse. Et ce n'est ni en faisant l'apologie d'un vieillard, ni en se faisant le porte parole de ces discours, ni en montrant un façade institutionnelle lisse et uniforme que nous débuterons ce processus de changement. La jeunesse est un bien précieux et aucun jeune homme et aucune jeune femme ne l'échangera contre un mausolée à la gloire fanée d'un mouvement vivant désormais dans le passé.
Le futur de la jeunesse est devant nous. C'est ce que le président de la Soka Gakkai Internationale, Daisaku Ikeda, nous dit très clairement quand il déclare que la vie d'un homme commence à 60 ans ou bien à 80. Il s'agit une fois encore de rappeler à chacun que la Jeunesse ne désigne pas seulement une génération, ni une catégorie, mais bel et bien un état d'esprit combattif et opiniâtre. C'est avec cet état d'esprit que le fondateur de notre mouvement bouddhique, Nichiren, a composé son traité le plus important, La pacification du pays par l'établissement de l'enseignement correct. C'est aussi avec cet esprit que le premier président de la Soka Gakkai, Josei Toda (avant lui, la Soka Gakkai n'existait pas en tant que telle) a fait sa déclaration cinglante contre les armes nucléaires et condamner leur utilisation ou leur production. Enfin c'est toujours avec ce même esprit que mon maître spirituel, Daisaku Ikeda, a écrit la Révolution Humaine, attestant de l'esprit de la jeunesse au travers d'une monographie de son maître et du Mouvement pour la création de valeurs bouddhiques dans la société, la Soka Gakkai.
La Soka Gakkai, mouvement pour la création de valeurs bouddhiques dans la société, est un mouvement de la jeunesse, pour la jeunesse et par la jeunesse. Il est temps que nous nous en rappelions et que nous retrouvions cet esprit jeunesse que nous avons perdu en cours de route. C'est seulement de cette manière que nous pourrons construire une organisation dynamique, fraîche et nouvelle sur le long terme.
« Sur vos tombes, regrets. Sur la mienne, victoire éternelle...»

05:37

Une autre vie, ailleurs...

Me voilà de retour de dix jours passés en Serbie. Petite république au cœur des Balkans, fragment de ce qui reste de la Yougoslavie, la Serbie est encore aux portes de l'Europe. Avec un appareil politique défaillant, des institutions inefficaces et corrompues à tous les étages, une monnaie ridiculement faible et un niveau de vie au ras des pâquerettes, la Serbie apparaît comme une nation fragile, prête à s'effondrer. Après le dépeçage en règle de la Yougoslavie, la mondialisation procède à l'anéantissement des cultures locales et écrase lentement mais sans concession l'histoire et la tradition.
Malgré des conditions de vie compliquées, pour ne pas dire difficiles, je suis toujours stupéfait de la capacité des serbes à affronter avec un certain courage les difficultés de leurs existences. On continue, en ce mois de Mai, à fêter les mariages, à célébrer la Slava, à échanger des cadeaux, à se rendre visite dans l'après midi pour boire le café, à discuter bruyamment de la politique et des nouvelles du monde... Les temps sont durs mais cela ne donne pas l'excuse de baisser les bras et de se laisser aller.
Les Serbes sont fiers. Ils disparaîtront certainement, sans livrer de nouveau combat, dans le silence et dans la dignité. Mais en attendant que les jeunes aient tous quitté le pays, que les vieux soient tous enterrés dans leurs petits cimetières de villages, que les politiciens de Belgrade aient fini de vendre les dernières parcelles de richesse du pays à tous les vautours et banquiers européens, les gens continuent de manger, de boire et de danser sur de la musique de Trubaci.
Impossible ici de tenir des discours creux et dépourvus de solutions pratiques. Difficile de faire comprendre que la récitation d'un mantra pourrait changer la vie des gens. Dans un pays où le communisme a laminé le sacré dans l'esprit des gens et où l'Eglise orthodoxe est la masque d'un nationalisme arriéré et dangereux. A Belgrade, un groupe de pratiquants du bouddhisme de Nichiren a pris racine. Mais à la campagne, la seule chose qui prend racine est le désespoir.
De retour dans ma France en crise et aux prises avec la dictature molle, les décalages me donnent bien du grain à moudre. L'humanité c'est une chose, mais la réalité des populations en est une autre. La première est notion abstraite. La seconde est un ensemble de contraintes et de complexités impossibles à aborder sans une détermination solide.
Vivre ici ou ailleurs importe peu. Ce qui importe c'est de chercher et de réaliser une autre vie... une vie nouvelle. C'est pas gagné.

08:57

La réunion de discussion, théâtre de la foi

Comme je le disais dans mon précédent billet, mardi, je me rendais avec femme et enfant à ma première réunion de discussion de province, dans la bonne ville picarde de Compiègne. Après quelques tours de ronds points nous voilà rendus chez nos hôtes où se sont réunis une douzaine de personnes, avec une forte majorité féminine. L'atmosphère est cordiale et détendue. Les participants sont aussi bien des novices que des vétérans, le texte d'étude à la main, très curieux et intrigués par notre arrivée remarquée. Un rapide tour de présentation permet de dégeler les rapports et à chacun de se sentir de nouveau à l'aise dans son espace habituel de représentation.
Car une réunion de discussion est aussi un espace de représentation. Les gens n'y sont pas comme chez eux ou comme au travail. L'omniprésence d'un discours sur la foi fait de citations et de témoignages personnels a une grande influence sur le comportement de chacun. Le maître mot est l'optimisme et son corollaire est l'attitude positive. Pas de contestation, peu de réserves énoncées ou articulées.
Pas une seule note discordante ou contradictoire. C'est souvent le cas lors de la première réunion de discussion à laquelle n'importe qui assiste. La polémique est considérée comme contraire à la démarche bouddhique et la contradiction est une marque de malveillance et d'orgueil. Cela donne généralement une atmosphère sereine et compatissante très semblable à des groupes de thérapie collective ou des sessions de formation en dynamique de groupe. La consensualité est de rigueur.

Comme de coutûme depuis quelques années, le sujet, en l'occurrence l'étude d'une phrase des écrits de Nichiren sur l'unité bouddhique (Itai Doshin), est éclipsé par une conversation à l'avenant sur toutes sortes de raisons de pratiquer notre bouddhisme. Il y a bien quelqu'un pour tenter de raccrocher les wagons mais il y en a toujours un autre pour dériver à nouveau et ponctuer la conversation d'une touche personnelle. Et dès que l'on se hasarde à la limite de la métaphysique, de la philosophie ou même de l'enseignement lui-même, l'auditoire se rétracte et tente par des biais divers de recoller à une réalité triviale, périphérique, strictement individuelle...
L'heure et demi de réunion passe assez vite car la conversation va bon train, comme toutes les premières séances, celles dites de premier contact. Et une fois encore c'est souvent le cas dans toutes les réunions de discussion que j'ai fréquentées, animées, organisées... On peut dire que cette atmosphère de premiers contacts est la marque de fabrique d'une réunion réussie... du moins dans Soka Gakkai.
Et après ?
Il n'y a pas d'après. C'est aussi l'étonnante réalité de la réunion de discussion. Ce n'est pas un lieu historique, pas le théâtre d'un feuilleton ou d'une histoire à épisodes. On a toujours l'impression qu'il s'agit de la première fois mais avec les mêmes protagonistes à chaque fois. Et il y a fort à parier que les points abordés à la première rencontre seront aussi ceux abordés dans les dix ou douze rencontres suivantes. C'est ce qui fait de la réunion de discussion, un théâtre, une scène sur laquelle les acteurs peaufinent le rôle qu'ils se construisent dans le monde de la foi.

Le théâtre de la foi est un concept connu des théologiens, des érudits de la religion, des spécialistes de la croyance. Il existe donc toutes sortes de théâtres de la foi. Dans l'Antiquité grecque comme dans les civilisations précolombiennes, les sociétés indiennes ou africaines, les cérémonies religieuses sans liturgie étaient aussi importantes, sinon plus déterminantes, que les cérémonies liturgiques (comme la messe). Aussi étonnant que cela paraisse, les réunions de discussion bouddhiques sont au nombre de ces théâtres de la foi.
Les participants à ce théâtre sont souvent conscients de la singularité de leur démarche religieuse mais ils (et elles) sont parfaitement inconscients du jeu et de l'artifice, c'est-à-dire du fait qu'ils et elles sont en représentation permanente et en constante raffinement de leurs propre personnage de croyant. Les antiques savaient combien la similitude entre l'acteur et le croyant était grande. De grands noms de la littérature et de la dramaturgie grecque et romaine ont traité du sujet de manière complète et souvent pénétrante.
Est-ce à dire que la réunion de discussion n'est encore qu'un exutoire de plus dans la vie des gens et que ce qui s'y déroule est complètement faux, artificiel, vide de sens ?
Pas du tout.

Si le bouddhisme n'a pas pour but premier la sculpture de soi ou la construction intérieure. Son objectif premier reste la réalisation persistante de l'éveil. C'est l'éveil, ou boddhéité, qui implique une construction personnelle, ou plutôt une reconstruction personnelle capable désormais de se libérer des anciens schémas de souffrance et faire feu de toute forme de réalité qui se présente. Cette capacité de librement recevoir et employer toute chose dans le but de s'éveiller davantage est l'un des traits caractéristiques du bouddhisme.
Le participant à une réunion de discussion est donc en quête de cette reconstruction nécessaire, qu'il ou elle appellera pour l'occasion : révolution humaine. Nécessaire pour son développement personnel et nécessaire pour s'éveiller davantage à la nature fondamentale de sa propre vie comme de celle des autres.
Eventuellement, le protagoniste, qu'il soit pratiquant assidu ou simple visiteur régulier, finira peut-être par se rendre compte de la nature théâtrale de la réunion et de sa propre participation. C'est ainsi que de simple mortel découvre sa nature de bouddha et parvient à considérer le monde comme une vaste pièce de théâtre dans lequel ce qui importe ne sont plus les rôles de chacun mais la manière d'en faire usage pour permettre à tous de réaliser l'éveil.

La réunion de discussion est un théâtre de la foi. Les gens que j'ai rencontré mardi ne dérogent pas à cette règle de la mise en scène et du jeu. Moi non plus d'ailleurs... Nous n'avons abordé aucunes des réflexions que je viens d'évoquer dans ce billet. Mais nous ne nous sommes pas ennuyés. Mais ce n'était que les premiers contacts...

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Participer à une réunion de discussion en Picardie

La Picardie compte trois départements pour une superficie de presque 20 000 Km2, soit une fois et demi celle de l'Ile de France, mais une population presque dix fois inférieure à cette même Ile de France. Avec une densité de population d'à peine 100 habitants au kilomètre carré (contre presque 1000 en IDF), il est plus difficile de trouver un lieu de réunion pour les gens intéressés au bouddhisme Soka.
Malgré cette difficulté, j'ai finalement trouvé un lieu de réunion à Compiègne où je me rendrais mardi 7 avril prochain.
Compiègne est à une trentaine de kilomètres de Senlis, où j'habite et où il n'y a pas encore de lieu de réunion Soka. Ce genre de distances est assez commun dans notre mouvement qui ne compte qu'environ 10 000 pratiquants répartis inégalement sur tout le territoire français de la métropole et de l'outre-mer.

Traditionnellement, les réunions de discussions forment l'essentiel de l'activité de congrégation du mouvement Soka dans le monde. Les pratiquants d'une même localité se réunissent régulièrement au domicile de l'un d'eux pour pratiquer ensemble la liturgie, puis pour prendre le temps d'échanger des points de vues et des expériences personnelles sur une thématique choisie. C'est l'occasion pour chacun d'aborder des incompréhensions, de faire part de ses interrogations et poser des questions. C'est aussi le moment de relater un parcours personnel, les détails d'un événement marquant et d'offrir une interprétation individuelle de l'expérience du bouddhisme au quotidien.
Participer à une réunion de discussion est une expérience particulière. Non qu'il s'y déroule des phénomènes paranormaux, ou bien qu'il s'agisse d'une séance de dynamique de groupe ou de psychothérapie collective. Participer à une réunion de discussion Soka rejoint le mode de congrégation le plus ancien et le plus fondamental que l'on puisse trouver. Les pratiquants et leurs amis ou invités se rassemblent en privé, sans le concours d'aucun directeur de conscience ecclésiastique ou laïc, et pratiquent le culte (liturgie, discussion libre, commentaires du corpus d'étude) de manière indépendante d'une église, d'un temple ou d'une institution officielle.

Les réunions de discussion sont à l'image des premiers groupes religieux de tous les courants existants. En cela, ces groupes conservent à la fois la tradition et le dynamisme originel de la spiritualité.
A l'intérieur du groupe, plusieurs rôles se distinguent. L'hôte, qui ouvre son domicile pour le rassemblement, y joue une partie déterminante. Il n'y a rien d'aisé à ouvrir l'endroit où l'on vit (que ce soit en famille ou seul) à des étrangers, tout coreligionnaires qu'ils soient. Accueillir une réunion de discussion est en soi un exercice formateur et un défi pour l'hôte (ou les hôtes), mais les bénéfices en termes d'ouverture et de construction personnelle sont multiples.
Une autre fonction est celle des animateurs et animatrices, que l'on nomme un peu à tort : responsables. Par une réunion de travail et de prière préalable, ils et elles se sont concertés pour choisir le sujet, prévoir le nombre de participants et organiser de manière informelle le déroulement de la réunion. Bien que la mise en place prenne une grande part dans l'organisation, c'est surtout la prière commune qui a une influence majeure sur la manière dont se déroulera la réunion de discussion. Et c'est dans ce sens seulement que le terme de responsable est adéquat. Les animateurs et animatrices prennent vraiment la responsabilité de produire une réunion chaleureuse, ouverte, où chacun viendra tel qu'il est en repartira enrichi par sa participation personnelle (si modeste ou discrète soit-elle) et ses échanges avec les autres.
Les participants pratiquants comme non pratiquants forment l'essentiel des acteurs de la réunion de discussion. Malgré le soin apporté par les hôtes et les animateurs pour l'organisation physique et le déroulement de la réunion, c'est sur la participation des invités, pratiquants comme non-pratiquants que repose la substance de l'événement. Il s'agit pour les animateurs d'encourager de manière subtile et chaleureuse les invités à faire part de leurs questionnements et à partager leurs expériences.

La réunion de discussion est en soi un tour de force et il n'est pas étonnant qu'elles soient rares. Dans une semaine, c'est à Compiègne que se déroule la prochaine réunion de discussion qui sera ma première participation en Picardie.